Interview : le programme "Racines" sur le site archéologique de Glanum (13)

Publié le 31.07.2019
Rencontre avec Emmanuelle Charrier du site archéologique de Glanum dans les Bouches-du-Rhône. Elle nous présente le nouveau programme "Racines" spécialement conçu pour "C'est mon patrimoine !"

1. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet  « Racines » sur le site de Glanum ? Pourquoi cette thématique ?

Le projet Racines s’inscrit dans le programme « C’est mon patrimoine » que nous développons à Glanum depuis de nombreuses années avec toujours pour objectif de faire découvrir l’histoire aux enfants de manière complètement différente et très ludique.

Racines est né de l’envie de mettre l’accent sur les origines de Glanum, ce qui a motivé la fondation de cette cité, puis permis son expansion. Or la réponse se trouve pour beaucoup dans le patrimoine naturel du site, sa topographie protectrice et fructueuse (seul passage possible au milieu des Alpilles (péage), …), ses ressources naturelles riches (eau, carrières de pierre,…). Les peuples qui ont vécu ici ont utilisé les atouts de ce  territoire et ont à leur tour transformé le paysage, monumentalisé la ville, créé des infrastructures pour dompter les éléments (aqueducs, égouts..).

C’est cette relation forte et millénaire entre l’homme et la nature qui a apporté la prospérité à la cité et qui est au cœur du projet.

Racines permet à chaque enfant de prendre conscience de l’importance de son environnement et de la manière dont ils peuvent agir l’un sur l’autre. A travers les différents ateliers proposés par les artistes, ils ont réinventé le paysage, l’ont modifié, y ont laissé leur traces ou l’ont investi en se réintégrant à l’intérieur.

2. Est-ce l'occasion de changer la cible des publics ?

Oui et non, nous visions un public assez large et c’est ce que nous avons obtenu avec un éventail qui va de 3 à 15 ans. Toute la difficulté résidait justement dans le fait que je ne souhaitais pas établir de programmation différente par catégorie. Tous les ateliers proposés devaient pouvoir être choisis quel que soit l’âge des enfants. Les artistes ont parfaitement répondu à cette demande en sachant adapter leur discours, les méthodologies et pédagogies employées.

3. Le programme intervient avec le cycle de 3 ans "ArchéoMix" ? Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Archéomix était un projet très spécifique axé sur l’archéologie des médias et notre rapport à la culture numérique. Ce cycle, qui a effectivement duré 3 ans, nous a permis d’en explorer toutes les facettes en mettant en évidence des parallèles très étroits entre notre monde contemporain ultra-digitalisé et la vie dans l’Antiquité : l’utilisation du pixel de la mosaïque à l’écran, les fresques murales d’autrefois vs celles d’aujourd’hui (Street art ou numérique), l’obsolescence de ce qui parait ultra moderne à l’instant T mais qui se transforme très rapidement en vestiges du passé (Game Boy, walkman,…). Mais surtout le rôle que chacun de nous peut avoir pour ne pas être simplement un spectateur passif.

Au-delà du fort succès médiatique, cela a renforcé en moi la conviction que le projet « C’est mon patrimoine » se doit d’être porteur d’un message fort et actuel, qui mette en rapport notre présent avec le passé. Cela montre aux jeunes qu’ils appartiennent à un continuum (d’où qu’ils viennent), et qu’un site antique peut  véhiculer une forte contemporanéité. C’est ce que j’ai voulu reproduire avec Racines sur une thématique complètement différente. Le fil rouge : immerger les jeunes, les rendre acteurs. Ils sont demandeurs de cela, se sentent investit d’une responsabilité et gagnent en confiance en eux.

 

4. Avez-vous une anecdote particulière à nous faire partager ?

C'était au cours d'une visite ludique avec un groupe d’un centre social de Port de Bouc, à laquelle des parents avaient également assisté. Sophie (l’animatrice du patrimoine) demande si parmi les enfants certains sont déjà venus à Glanum, et un des garçons lui répond par l'affirmative. Sa grand-mère algérienne lui rétorque qu'il n'est jamais venu, qu'il confond avec un site archéologique d'Algérie d'où ils sont originaires, étant arrivés récemment en France. Tous ensembles, ils commencent du coup à parler des sites romains algériens comme Djemila, Tipasa, Timgad. Et Sophie les amène à réfléchir sur nos racines communes, autour de la méditerranée, nos ancêtres les Romains ! Durant une quinzaine de minutes, ils ont discuté de ces mélanges de civilisations avec les Romains, de cette richesse culturelle, de nos origines communes mais aussi de la richesse de nos cultures propres, etc. Une petite fille a même émis l’idée que, si ça se trouvait, on avait des ancêtres « gaulois » aussi en commun !

Bref c’est intéressant car Glanum génère une prise de conscience de ce patrimoine commun qu'est le bassin méditerranéen. Que l'on soit d'un côté ou de l'autre de la mer, cette histoire s’éclaire par la présence d'une culture romaine antique partagée !